Les électrices et électeurs de Vellerat se prononcent à une nette majorité pour la création du canton du Jura. Contrairement à d'autres communes des environs, Vellerat affiche une claire volonté autonomiste.
Vellerat accepte - 28 oui, 7 non, 3 bulletins blancs - la création du canton du Jura.
Vellerat refuse - 32 non, 7 oui et 1 bulletin blanc - d'être maintenue dans le canton de Berne. Alors, les autorités communales demandent à Berne une dérogation à l'Art. 4 de l'Additif constitutionnel, qui fixe le droit des communes limitrophes à revoter. Le Gouvernement bernois refuse.
L'assemblée communale de Vellerat charge le conseil communal d'entreprendre les démarches nécessaires auprès des autorités bernoises et fédérales pour que la commune puisse participer à l'élaboration du nouvel Etat jurassien.
Le maire Adrien Oggier et ses collègues, appuyés par l'assemblée communale, obtiennent une promesse formelle de leur interlocuteur direct. Dans une lettre datée du 8 octobre 1975, le gouvernement bernois écrit :
« Le Conseil exécutif est décidé à entreprendre auprès du nouvel Etat cantonal, dès qu'il sera constitué (dès le 1er janvier 1979), les démarches nécessaires afin que la situation de Vellerat soit réglée à la satisfaction de ses citoyens ». Il « sera possible de procéder à une rectification de frontières sur la base d'un accord passé entre les deux gouvernements » de Berne et du Jura.
Mais, quelques semaines plus tard, le canton de Berne annonce qu'il exige l'échange de Vellerat contre Ederswiler. Les autorités communales refusent et demandent à s'expliquer devant le gouvernement. Deux rencontres ont lieu, qui échouent en raison de l'intransigeance de la délégation bernoise. La presse de toute la Suisse s'empare du cas de Vellerat, commune étroitement liée à ses voisines immédiates, dont on admet la revendication légitime.
Le conseiller d'Etat Ernst Jaberg déclare devant le Grand Conseil bernois que les cas d'Ederswiler et Vellerat sont exceptionnels et devront être réglés par conventions intercantonales après que le canton du Jura sera formé.
Le député Antonio Erba - motion acceptée sous forme de postulat - demande au Grand conseil bernois d'entrer en pourparlers avec les autorités du canton du Jura pour permettre le plus vite possible à la commune de Vellerat de se rattacher au canton du Jura.
Suite aux initiatives des cantons de Berne et Neuchâtel demandant l'insertion dans la constitution de nouvelles dispositions sur les modifications de frontières cantonales, le Conseil fédéral répond que le problème n'est pas urgent et qu'il sera traité lors de la révision globale de la constitution.
Pour les cas de Vellerat (70 habitants) dans le Jura bernois et Ederswiler (150 habitants) dans le canton du Jura, on envisage notamment un échange des deux communes. Selon le droit actuel, une consultation du peuple et des cantons est obligatoire, même pour une si modeste correction de territoire.
Le conseiller d'Etat Werner Martignoni déclare que si M. Roland Béguelin s'est vraiment rendu à Vellerat en novembre dernier pour influencer cette commune, il s'agirait alors d'une violation de droit et d'une ingérence dans les affaires bernoises en provenance du canton du Jura.
Le Conseil de la FJB - Fédération des communes du Jura bernois - « souhaite que le cas de Vellerat soit réexaminé à la lumière des données actuelles et dans l'esprit qui a présidé à l'élaboration de l'additif constitutionnel de 1970. Un rattachement éventuel de Vellerat au nouveau canton ne pourra cependant entrer en ligne de compte que dans la mesure où le canton de Berne, après consultation du Jura bernois, aura donné son accord ».
Rencontre à Moutier d'une délégation du Conseil exécutif pour les affaires jurassiennes et du Conseil municipal de Vellerat pour un échange de vues concernant le rattachement de cette commune au canton du Jura.
Le Bureau exécutif du Rassemblement jurassien, opposé à tout marchandage, n'admet pas l'échange de Vellerat contre Ederswiler.
L'assemblée communale de Vellerat, lasse des promesses de Berne, décide de s'adresser au Rassemblement jurassien pour son rattachement au Canton du Jura.
3000 Jurassiens marchent sur Vellerat, exigeant que Berne remette immédiatement et sans concession cette commune à la République et Canton du Jura.
Séance tripartite à Berne, au cours de laquelle il a été décidé d'établir avant le mois de septembre un projet pour régler le problème du transfert des deux communes de Vellerat et d'Ederswiler.
Séance tripartite à Berne. Certaines propositions sont faites concernant Vellerat et Ederswiler. D'autres propositions doivent encore être formulées.
Réunie en assemblée communale, la population de Vellerat, qui avait fixé un délai aux autorités bernoises pour agir - délai arrêté au 31 août -, décide d'écrire au Gouvernement jurassien pour l'informer qu'elle désire participer à la vie politique du canton du Jura et être reconnue comme faisant partie légitimement du canton du Jura.
1. Affirme que Vellerat se considère comme faisant légitimement partie du canton du Jura.
2. Demande à l'Etat jurassien de pourvoir désormais à l'administration de la commune.
3. Demande au canton du Jura qu'un représentant de Vellerat soit accepté au Parlement jurassien comme observateur.
Le Groupe Bélier occupe la maison communale de Vellerat. Par ce geste, il entend couper les relations administratives de cette commune avec l'Etat bernois.
Fin de l'occupation pacifique par le Groupe Bélier de la maison communale de Vellerat. Le Groupe Bélier ouvre le cortège de la 33è Fête du peuple jurassien.
M. Kurt Christen, maire de Vellerat, est désigné en tant qu'observateur au Parlement jurassien.
Le Gouvernement bernois menace de placer la commune de Vellerat sous tutelle après que l'assemblée communale de ce village a décidé de couper les relations administratives avec la Berne cantonale.
La commune de Vellerat refuse de remettre les formulaires de recensement de la population aux autorités fédérales. Elle désire que le problème de son rattachement au Canton du Jura soit réglé auparavant.
Conférence tripartite à Saint-Imier, où se retrouvent Kurt Furgler, François Lachat et Werner Martignoni. L'épineuse question du sort des communes d'Ederswiler et de Vellerat est à l'ordre du jour.
Séance du Parlement jurassien qui accepte, sur proposition du Gouvernement, de créer une commission spéciale chargée de rapporter sur le dossier de Vellerat. Voir à ce propos l'interpellation du député Emile Schaller, de Courrendlin.
Le Parlement jurassien siège sous la présidence de M. Auguste Hoffmeyer. II accepte à l'unanimité la création d'une commission spéciale chargée d'étudier la procédure de rattachement de la commune de Vellerat au canton du Jura; la présidence de la commission est confiée à M. Roland Béguelin.
Assemblée des délégués du Rassemblement jurassien à Cortébert. Les participants acceptent une résolution demandant la mise à l'étude d'un nouvel article 138 de la Constitution jurassienne, afin de ranimer le débat sur la réunification et de pouvoir intervenir à propos de la commune de Vellerat. L'assemblée se déroule sans incidents.
Le Parlement jurassien énonce le mandat de la Commission Vellerat : préparer à l'intention du Parlement des propositions permettant d'arrêter une position de principe quant au transfert de Vellerat du canton de Berne à celui du Jura.
1. Il est totalement exclu que la commune d'Ederswiler serve de monnaie d'échange, toute tentative d'arracher cette commune au nouveau canton sera réduite à néant.
2. Les autorités de la République et canton du Jura sont invitées à ne jamais entrer en matière sur un tel projet.
Première réunion de la Commission Vellerat. Elle est présidée par M. Roland Béguelin.
Les autorités communales de Vellerat annoncent qu'elles ont rencontré la commission parlementaire jurassienne chargée d'examiner avec elle le sort de la commune. Un mémoire a été remis à la commission, présidée par M. Roland Béguelin, demandant que Vellerat soit immédiatement incorporé à l'état jurassien, sans compensation pour le canton de Berne.
Les autorités communales de Vellerat reçoivent la commission parlementaire jurassienne chargée d'étudier le transfert de cette commune dans le nouveau canton.
L'autorité communale de Vellerat fixe un délai de deux mois au Gouvernement bernois pour le transfert de la commune au canton du Jura.
Des inscriptions antiséparatistes sont peintes nuitamment sur des routes et des murs à Courrendlin et Vellerat.
La commune de Vellerat adresse 3025 lettres rédigées dans les quatre langues nationales à toutes les communes suisses afin de leur rappeler sa volonté d'être rattachée au canton du Jura.
Faute de pouvoir juridiquement rejoindre la République et Canton du Jura, la commune de Vellerat se proclamera commune libre, en août 1982; c'est ce qu'annonce le maire de la localité, M. Pierre-André Comte, lors d'une conférence de presse.
L'assemblée municipale de Vellerat décide de proclamer la localité « commune libre » par 19 voix contre 2. On parle d'elle dans les journaux du monde entier, tant l'obstination du canton de Berne est incompréhensible.
Le 23 juin 1974, conformément à la volonté de l'ensemble du Jura et de la commune de Vellerat, celle-ci devait être rattachée à la République et Canton du Jura. En maintenant Vellerat sous la domination bernoise, les autorités du canton de Berne violent le droit de libre disposition.
Les promesses formelles du gouvernement bernois, quant à une solution rapide du problème, n'ayant pas été tenues, l'opinion publique doit comprendre que la population de Vellerat est résolue à agir selon les principes de la légitimité politique qui caractérise ses revendications.
Constatant que le gouvernement bernois n'a pas mis à profit le délai de deux mois qui lui était imparti pour entreprendre les démarches nécessaires, et répondant à la volonté de ses habitants, la commune de Vellerat, par décision de son assemblée communale, se déclare, dès le 14 août 1982, COMMUNE LIBRE.
A partir de cette date, la commune de Vellerat est indépendante et autonome. Elle quitte définitivement le canton de Berne. Cette décision a été prise le 11 août 1982, à une majorité de 95 % des ayants droit présents à l'assemblée communale du même jour.
Assemblée communale, 11 août 1982.
Marche sur Vellerat organisée par le Rassemblement jurassien. Les participants peuvent acheter un passeport «valable uniquement sur le territoire de la commune».
Le Parti ouvrier populaire et Progressiste propose au Conseil de ville de Delémont une résolution qui condamne l'immobilisme fédéral face au problème de Vellerat et exprime sa solidarité avec la commune.
Trente-cinquième Fête du peuple jurassien à Delémont, en présence de 50'000 personnes. Lors de la traditionnelle conférence de presse, MM. Roland Béguelin, secrétaire général du Rassemblement jurassien, et Jean-Claude Crevoisier, conseiller national et président d'Unité jurassienne, développent longuement les deux thèmes suivants:
«De l'Etat jurassien à la réunification» et «Dégradation des institutions bernoises dans le Jura méridional». Le cas de Vellerat est largement évoqué dans la manifestation publique.
Dans une lettre adressée au Conseil exécutif bernois, le Conseil communal de Vellerat fait savoir qu'il organisera finalement les élections et votations cantonales bernoises fixées au 26 septembre.
Un commando se réclamant d'une « Armée de libération du Jura » vole les urnes au bureau de vote de Vellerat.
Rencontre à Delémont de représentants de la Fédération mondiale des villes jumelées - Cités unies, du Conseil régional de Franche-Comté, de la commune de Vellerat et du Rassemblement jurassien, pour discuter du jumelage de Vellerat avec d'autres communes de la Fédération mondiale.
À l'occasion d'une « action pour la paix » en Europe, un cèdre du Liban est offert à cette occasion à la commune de Vellerat par le Ministère libanais du tourisme.
Pétition (25 signatures) de la communauté jurassienne d'Ederswiler, affirmant qu'elle ne désire pas un échange avec Vellerat, qu'elle ne souhaite pas le rattachement au district de Laufon et qu'elle veut demeurer dans le canton du Jura.
1. La lettre du gouvernement bernois, du 8.10.1975, fonde le caractère particulier de la revendication de Vellerat, qui doit être satisfaite pour elle-même.
2. La République et canton du Jura est prête depuis le 1.1.1979 à accueillir la commune de Vellerat.
3. Le gouvernement jurassien considère que les conditions sont réunies pour que le problème de Vellerat soit réglé dans les plus brefs délais.
Le Parlement jurassien adopte les conclusions de la commission parlementaire chargée du dossier Vellerat.
Le Conseil national - 123 voix contre 9 - soutient l'égalité de traitement Vellerat - Ederswiler et la mise en place du cadre juridique qui la favorise.
L'assemblée communale de Vellerat réagit à la décision du Conseil national (5.12.1985) et exige que le gouvernement bernois respecte ses promesses (8.10.1975) pour régler le problème de Vellerat, opposée à tout marchandage Vellerat - Ederswiler.
Le Conseil communal de Vellerat écrit au Conseil fédéral et demande la mise en oeuvre d'une « procédure simple, excluant toute idée de marchandage et permettant à Vellerat d'être, dans les plus brefs délais, commune jurassienne à part entière ».
Le Conseil communal de Vellerat écrit au gouvernement bernois pour qu'il tienne ses promesses du 8.10.1975 et « remette dans un délai de six mois la commune de Vellerat à la République et canton du Jura ».
Le Conseil des Etats adopte la motion du Conseil national demandant que les cantons de Berne et du Jura mettent en oeuvre parallèlement les modalités pour l'auto-détermination de Vellerat et Ederswiler.
Chaque année au mois d'août depuis 1982, 400 Jurassiens se rassemblent à Vellerat pour y appuyer les revendications de la commune. Ce rendez-vous traditionnel pèsera pour beaucoup dans la victoire finale obtenue par Vellerat sur l'arbitraire bernois.
A gauche : José Happart, Bourgmestre des Fourons et Député européen, Jean-Michel Conti, président du Parlement jurassien, Heinz Aebi, chef de file des Laufonnais, Pierre-André Comte, maire
Le conseil communal de Vellerat prend une résolution exigeant « rattachement sans condition et sans délai de la commune de Vellerat à la République et canton du Jura ».
Le conseil communal de Vellerat demande au gouvernement bernois de faire avancer la procédure pour rallier le canton du Jura, à la lumière du vote du Laufonnais qui s'est prononcé pour Bâle-Campagne.
Le gouvernement bernois répond à la commune de Vellerat, sur la demande du 22.11.1989 pour hâter la procédure de séparation - Les dossiers Vellerat et Ederswiler sont toujours entre les mains du Conseil fédéral, les Chambres l'ayant invité « à créer sur les plans institutionnel et politique les conditions propices à la réalisation des voeux des communes d'Ederswiler et de Vellerat et de contribuer de façon décisive à la solution du problème qui existe depuis l'accession du Jura au rang de canton. Le résultat de la votation du Laufonnais ne change rien à la situation ».
Le maire de Vellerat, Pierre-André Comte, demande au Parlement jurassien de prendre une décision qui conduira à l'incorporation officielle du territoire de Vellerat dans celui de la République et canton du Jura.
Roland Béguelin dépose une motion signée par 34 députés demandant au gouvernement et au Parlement jurassiens de présenter un texte prévoyant l'admission de la commune de Vellerat dans le territoire de la République et canton du Jura.
Le groupe chrétien-social indépendant du Parlement jurassien dépose une motion demandant au gouvernement jurassien d'insérer la commune de Vellerat dans la liste des communes du district de Delémont.
A la demande de Pierre-André Comte, maire et observateur de la commune, les députés jurassiens adoptent deux motions portant sur l'incorporation de Vellerat à l'Etat jurassien.
La 45ième fête du peuple jurassien.
Le maire est entendu par la Commission fédérale consultative. Il lui réitère la revendication démocratique de la commune.
Le Conseil communal « siège officiellement » au Conseil de l'Europe à Strasbourg. Une délégation communale est reçue par José Happart, Député européen.
Le Gouvernement bernois finit par céder, renonce à un échange de territoires et met en consultation une loi spéciale pour régler le transfert.
La commune de Vellerat rend hommage à Roland Béguelin, son plus fidèle défenseur. Elle inaugure la première "Place Roland-Béguelin" du Jura. Prennent la parole à cette occasion MM. Marcel Dupré, président de l'Assemblée communale, Jean-François Roth, Conseiller aux Etats, Jean-Claude Zwahlen, Conseiller national.
Ci-dessous, extrait du discours prononcé au nom des autorités communales par M. Pierre-André Comte, maire.
(...) « Depuis le 23 juin 1974, Vellerat sera le premier territoire jurassien à s'extraire de la juridiction bernoise. Mais qu'on le médite bien : il nous aura fallu vingt ans pour y parvenir sans être l'objet d'un troc de populations ! Berne a fait la démonstration que la plus petite entité jurassienne, dût-elle être unanime dans son voeu politique, ne rejoindra pas la République et Canton du Jura sans qu'on lui ait préalablement tendu tous les pièges propres à la décourager.
Ce jour, nous dédions à Roland Béguelin la victoire que constituera bientôt notre rattachement effectif à l'État jurassien. C'est un grand honneur pour Vellerat d'avoir pu compter en lui sur un inébranlable compagnon de lutte. Nous le remercions solennellement de l'oeuvre accomplie. Au côté des meilleurs, de Roger Schaffter à Roger Jardin dans un passé glorieux, les trois formateurs du gouvernement d'opposition, d'Antonio Erba à Victor Erard, avec la jeunesse jurassienne et son Groupe Bélier, il a redonné sa dignité au Jura.
Comment se pouvait-il que Vellerat ne fut pas la première commune à fixer, dans sa mémoire, le souvenir de Roland Béguelin ? Sous cet arbre de la liberté, ce chêne planté ici dans les années soixante par des militants du village, autre symbole de force et de terre, seul son illustre nom pouvait s'y abriter ».
Vote dans le canton de Berne sur le rattachement de Vellerat à la République et Canton du Jura.
PLEBISCITE A VELLERAT 100% des votants décident du transfert de Vellerat à l'Etat jurassien VOTE DANS LE CANTON DU JURA 96% des votants plébiscitent l'accueil de Vellerat
VOTE FEDERAL Vellerat est virtuellement jurassien.
Au terme d'un combat de plus de vingt ans, la "commune libre" de Vellerat devient la 83ème commune de la République et Canton du Jura.